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Le mal Alfa,Alfa-Romeo Romeo Giulia : belle, mais délaissée

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Après le Corona, c’est d’un autre virus dont j’ai décidé de vous parler, beaucoup plus sympathique celui-ci, mais qui ne m’en pose pas moins de grandes inquiétudes.

Le mal Alfa
Alfa-Romeo Romeo Giulia : belle, mais délaissée.


Alfa-Romeo est sans doute le seul constructeur de la Renaissance Italienne.
J’aimerais vous dire que cet anachronisme m’a été inspiré par la carrosserie voluptueuse de certains des modèles de la marque milanaise, mais ce n’est malheureusement pas le cas. Depuis que je suis en âge de jouer aux petites voitures, chaque lancement d’un nouveau modèle Alfa fait en effet naître l’espoir d’une renaissance malheureusement jamais vraiment avérée, malgré les incantations de la classe rédactionnelle spécialisée dans les trucs qui roulent et celles de ses fervents lecteurs (dont je fais évidemment partie).

En ces temps épidémiques, c’est en thérapeute autoproclamé des pathologies automobiles que j’ai souhaité vous entretenir d’un virus pour le mieux curieux, puisque les apassionati qui en sont porteurs revendiquent fièrement leur infection. Mais je crains pourtant de devoir faire le constat que le "mal Alfa" -qui affecte principalement la gente masculine mais pas que- n’ait tendance à disparaitre, voyant s’amoindrir à vue de statistiques commerciales sa capacité à convaincre les détenteurs de chéquier dont la signature est pourtant indispensable au maintien du foyer viral.

Le fameux "virus Alfa" est cependant supposé affecter tout amateur d’automobile digne de ce nom, selon les dires du journaliste Jeremy Clarkson himself, qui à l’occasion d’un épisode de son ex-émission Top Gear déclara dans son style empreint de nuances habituel qu’"on ne peut être un vrai petrolhead sans avoir possédé d’Alfa-Romeo". Danazionne, me voilà donc exclu ! Je vous assure pourtant que je serais prêt à bien des vilenies pour mettre dans mon garage une Giulietta Sport Zagato "Coda Tonda" de 1960, ou pour évoquer un modèle plus récent, une 8C de 2007 dont la sublime carrosserie abrite un 8 cylindres aux envolées lyriques garantissant un véritable orgasme auditif, même si on feindra d’ignorer ses origines Maserati.

Bien sûr, Ma wish-list à en-tête du Quadrifoglio Verde comporte bien plus que deux lignes, mais je ne crois pas utile de vous en imposer le contenu détaillé, préférant évoquer deux nouveautés. Commençons par la Giulia GTA, disponible depuis peu chez tous les bons revendeurs de la marque, et pour laquelle je serais prêt à affronter les regards désapprobateurs que ses appendices aussi aérodynamiques qu’indécents ne manqueront pas de provoquer lors des promenades en ville, que ce soit pour profiter de son V6 biturbo de 540 chevaux, ou pour admirer son reflet (et le mien) dans les vitrines des magasins.
Tant qu’à assumer mon exhibitionnisme, j’opterais d’ailleurs carrément pour sa déclinaison GTAm, dont les concepteurs ont sans doute passé de longues heures devant un écran à assister aux épreuves du DTM des années 90, le fameux Championnat Allemand de voitures de Tourisme, lequel vécut un temps la domination vexante pour ses hôtes des Alfa 155 amphétaminées. Quant au futur coupé GTV prévu en 2021, il provoque déjà l’émoi des dessinateurs et autre photoshopeurs de magazines et blogs, tant la plastique d’une Giulia débarrassée de portes arrière ne semble pouvoir donner naissance qu’à une véritable Vénus sur quatre roues.

Et c’est bien là le problème. Parce que si tant la sportive GTA que l’élégante GTV constituent sans doute ce qui se rapproche le plus sur quatre roues d’une aventure amoureuse avec une starlette de cinéma italienne, ce dont Alfa-Romeo a vraiment besoin pour faire bouillir la marmite de pastasciutta, c’est de remplir les places de parkings réservés aux voitures de fonction de l’encadrement, ainsi que les flottes des sociétés de location longue durée.
 
Mais s’agissant de résultats commerciaux, il faut bien admettre que le "Biscione", serpent bleu aux allures de dragon figurant sur le blason des Visconti, l’emblème de l’Inter Milan et la calandre des Alfa-Romeo, évoque davantage le gentil Eliott de Walt-Disney que les trois rejetons de Khalesee dans Games of Throne (si ces références ne vous disent rien, profitez du confinement pour vous actualiser).
Songez en effet que l’année dernière, avec un seul modèle vieillissant disponible exclusivement en Italie, la moribonde Lancia a vendu plus de voitures qu’Alfa Romeo sur toute l’Europe. Et si Seat provoquait des réactions commisératives dans les années 2000 lorsque ses dirigeants affirmaient que la marque deviendrait l’équivalent hispanique d’Alfa, l’"Auto Emocíon" représente désormais en Europe presque dix fois les ventes du "Cuore Sportivo".

Les ambitions n’ont pourtant jamais manqué pour Alfa, qui avait réussi après-guerre à passer du stade artisanal à la production industrielle, avec des modèles dont les superbes mécaniques alliées à d’agiles bases roulantes ne craignaient pas les provocations d’une arrogante BMW sur de petites routes montagneuses. Mais sur la période récente, entre 2009 et 2015, ce ne sont pas moins de 5 plans de sauvetage qui ont été présentés par les équipes de Sergio Marchionne, dont le plus musclé prévoyait 500.000 ventes en 2014. Las ! Les moyens n’ont jamais suivi pour assurer un plan produit en conséquence, avec une arrivée tardive dans le segment des SUV, l’abandon du segment B avec la fin de la Mito, une Giulietta qui accuse bientôt ses 10 ans, et des motorisations peu en phase avec les différentes restrictions imposées en matière d’émissions de CO2.

Je ne me lancerai pas dans l’examen détaillé des motifs et autres données chiffrées pouvant justifier la disgrâce d’Alfa Romeo, renvoyant d’ailleurs souvent au vieux dilemme de l’œuf et de la poule (à moins que ce ne soit l’inverse).
Parce que malgré tout ce qu’on pourra m’en dire, il y a quelque chose qui me chiffonne. Avez-vous déjà regardé la nouvelle Giulia droit dans les LEDs ? En avez-vous déjà fait le tour lentement, en prenant le temps d’admirer ses rondeurs, sans ressentir l’envie de laisser votre main courir sur les convexités de ses flancs métalliques ? Son postérieur propulseur (il l’est) ne vous a-t-il pas fait au moins une fois songer à des routes tortueuses, l’après-midi, loin du bureau ?
Je soupçonne d’ailleurs certains d’entre vous d’avoir déjà collé le nez sur la vitre conducteur, la main en visière anti-reflet pour en distinguer l’intérieur. Le volant trois branches vous sera apparu en premier, avec sa jante épaisse comme il faut et ses excroissances appelant vos pouces. Puis l’instrumentation avec deux gros compteurs ronds à l’ancienne, aux aiguilles ne demandant qu’à s’affoler. La console centrale avec sa commande de boîte et ses gros boutons rotatifs aux contours alu. Les sièges enfin, aux renforts latéraux invitatifs promettant des courbes en appui exemptes de dérapage corporel. Restons-en là, avant que son propriétaire ne nous surprenne dans nos rêveries, même si lui n’en serait probablement pas étonné.

Il me manque l’essentiel, en avoir pris le volant. Mais à se fier aux nombreux essais que j’ai pu consulter, je crois savoir que Dame Giulia ne me décevrait pas. Il semble en effet que la promesse de sportivité exprimée par son physique avantageux ne soit pas vaine, qu’il s’agisse de son comportement, d’un train avant particulièrement directeur et de mécaniques enthousiastes associées à des boîtes performantes.
Certes, la belle a aussi ses humeurs, avec une habitabilité mesurée aux places arrière -mais pas plus que celle d’une BMW Série 3- des mécaniques sonores – phénomène agréable en essence, mais gênant en diesel- et surtout une interface multimédia dont l’écran insensible est aux véritables tablettes aujourd’hui disponibles chez la concurrence ce qu’est le Nokia 3660 au Samsung S10 dans l’univers des téléphones portables.

Je sais, vous ne partagerez sans doute pas tous mon enthousiasme, mais je suis persuadé qu’il s’en trouvera tout de même assez parmi vous pour se poser la même question que moi : L’Alfa Giulia mérite-t-elle vraiment de réaliser des scores commerciaux plusieurs fois inférieurs à ceux d’une BMW série 3 ou d’une Mercedes Classe C ? Que manque-t-il à la marque pour que le modèle rivalise véritablement avec ses germaines concurrentes ?

Cette interrogation vaut évidemment surtout pour la prochaine génération de produits dont le groupe nouvellement créé par la fusion entre PSA et FCA aura la charge. Certes, Alfa-Romeo bénéficiera de toutes les nouvelles synergies possibles en termes de plateformes, composants, organes mécaniques, industrialisation et politique d’achats. Mais celles-ci ne règleront pas la question de son positionnement qui me paraît d’autant plus cruciale dans un ensemble comportant désormais14 marques, et que je résumerais volontiers ainsi : Alfa-Romeo doit-elle être plus ou moins Alfa-Romeo qu’Alfa-Romeo ?

La réponse me semble-t-être : "i due capitano !". Observez BMW, le rival historique. La marque bavaroise a conservé "le plaisir de conduite" comme slogan, et continue à promouvoir autant qu’à mettre en scène les qualités dynamiques de certains de ses modèles. Mais elle parle aussi d’électrique, d’hybride, de vie à bord, de luxe même et j’en passe. A l’inverse, Alfa-Romeo me donne l’impression de s’être cantonnée dans un langage unique, parlant à un public de plus en plus restreint.
Si elle ne peut l’abandonner puisqu’il lui sert de caution, elle doit maintenant ouvrir ses horizons, ce que son futur SUV compact Tonale commencera peut-être à faire. Il est temps pour Alfa de nous proposer plus que des escapades de fin de semaine, quelque chose qui ressemble à une relation durable.
C’est pourquoi j’ai envie de dire aux responsables de la marque, qu’avant de nous faire plaisir avec des GTA, GTAm et autres GTV s’adressant à des marchés de plus en plus étroits, qu’ils s’occupent d’abord de la sauver.
Sinon, la seule caractéristique qu’Alfa partagera bientôt avec un virus, c’est son invisibilité.
Auteur : Jean-Philippe Thery

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Merci pour ce partage 🙂

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Chapeau bas, je dis bravo monsieur pour cette belle envolée écrite.

 

Et je ne peux malheureusement que partager ce cri du coeur.

 

 

Si j'avais le budget la Giulia serait déjà mienne. Depuis le temps que je rêvais d'une vraie berline Alfa qui soit propulsion... Seulement je n'ai guère envie qu'elle soit la dernière descendante de la lignée. Leurs SUV j'en ai rien à fiche, et je doute que ce créneau sauve la marque vu le positionnement premium et l'avenir des normes anti-pollution, alors même si l'on rêverait de ne voir que des Alfa Romeo excitantes il ne faut pas se voiler la face, le salut ne peut venir que d'une ouverture au grand public, sans vendre son âme au diable évidemment...

 

Tu ne peux pas être élitiste sans que les tarifs soient au diapason.

 

J'entends par là encore plus que le Stelvio ou la Giulia. Plus créneau 8C... Pas de place pour la demie-mesure. Mais bon y'a déjà ce qu'il faut en matière d'italiennes nobles et honnêtement ce n'est pas l'âme d'une Alfa Romeo.

 

 

Pour moi la gamme de la dernière décennie manquait de charme et évidemment de variété mais la Mito accessible faisait un tremplin idoine pour les jeunes, les femmes plus sensibles au coup de coeur visuel qu'aux sensations fortes, la Giulietta assurait le gros des ventes tout public. Il manquait justement les modèles sortis après coup sauf qu'entre temps ils n'ont pas renouvelé les prédécesseresses alors forcément quand tu fais alternance dans ta gamme c'est difficile de fidéliser le Pékin moyen.

 

 

Bref il leur manque surtout une chose, l'argent n'est pas la première chose qui me vient, mais plutôt une vision claire et long terme de ce qu'ils veulent créer. Tâtonner c'est avoir déjà un (deux voire trois) temps de retard. Donc c'est voué à l'échec.

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Merci pour ce partage

 

Jaguar, autre marque que j'affectionne est dans le même cas qu'Alfa Romeo avec pourtant une stratégie bien différente...

 

Lodein

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Excellent résonnement ,on ne peut être que d'accord sur cet article.

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